Autant d’exemples de « vanpirisation » à rapprocher d’un
cas rapporté par Freud: celui d’une femme qui s’évanouissait
chaque fois qu’elle sentait l’odeur du cigare associée
dans son esprit à une scène traumatisante. Ce mécanisme
de transfert psychologique s’observe chez les sujets qui
n’arrivent pas à manifester leur agressivité à l’égard de l’intrus.
Les repousser consiste à augmenter le volume de leur
corps en mangeant pour signifier qu’ils se « gavent» de la
personne présente. Maigrir des cuisses c’est possible !
Mariée depuis trois ans, Sophie bénéficie d’une situation
professionnelle convenable et vient me voir pour perdre
quatre kilos. Elle m’explique avoir commencé à grossir au
début d’un traitement contre la stérilité, la prise de poids
étant une conséquence fréquente de l’administration de certains
médicaments. Pourtant, après quelques consultations,
son poids n’évolue pas comme il le devrait. Lorsque je lui
reproche de ne pas suivre mes prescriptions, elle s’énerve.
Un autre article pour maigrir des cuisses.
Et concède, d’un ton plutôt agressif, que s’il lui arrive de
faire quelques petits écarts, dans l’ensemble elle fait attention.
Lors d’une autre visite, alors que nous répétons quasiment
les mêmes propos, Sophie baisse la tête, se mure dans
le silence et fait de gros efforts pour ne pas pleurer. Quand
je lui demande si elle est malheureuse de ne pas avoir d’enfant,
elle me rétorque que ça ne me regarde pas, qu’elle est
là pour maigrir des cuisses et non pour répondre à des questions déplacées.
Au stade où nous en sommes, autant insister. Aussi je
lui explique que je connais d’autres femmes dans la même
détresse et que certaines culpabilisent, considérant que leur
mari est en droit de leur reprocher l’absence d’héritier.
Elle me réplique que ce n’est pas son cas: en l’occurrence, c’est
son mari qui est stérile et elle qui se voit contrainte de suivre
un traitement pour accroître sa fécondité. J’ajoute que
d’autres femmes culpabilisent parce qu’elles s’étaient persuadé
que leur vie devait se dérouler selon le schéma
immuable mariage-enfants, mais à nouveau elle me renvoie
dans les cordes, tout en perdant un peu de son agressivité.
En fait, elle s’est mise en tête que si elle voulait un enfant,
il lui faudrait divorcer d’un mari qu’elle aime profondément,
parce que dans son esprit un couple réussi ne peut
rester sans descendance !
Son désir étant de rester avec son mari, le fait de grossir
permet quasiment à Sophie de croire qu’elle est enceinte.
Quand je lui explique ma théorie entre la grosseur et la
grossesse, elle se détend et se montre extrêmement séduite.
Pour stabiliser son humeur, je lui prescris un médicament.
La semaine suivante, après avoir longuement discuté avec
son mari et fait état de ses craintes, elle a perdu deux kilos.
Elle réalise que son amour pour son conjoint est plus important
que son désir de maternité, même si la société impose
l’idée d’avoir des enfants.
Du coup, Sophie va beaucoup mieux. Convaincue
d’aimer son mari, elle sait qu’elle restera avec lui et a dédramatisé
la situation. Quelques mois plus tard, elle m’a appelé
pour m’annoncer qu’elle était enceinte. Une fois le stress
évacué, son corps a repris ses fonctions normales: Sophie
n’avait plus dans son esprit d’obstacle à devenir mère.